Jacky Lobé a lancé son cinquième album, Sona Anti. (Photo: Martin Chamberland)
Jacky Lobé apporte la douceur des îles à la musique africaine
Après Olivier Cheuwa, on découvre Jacky Lobé, un autre auteur-compositeur du Cameroun qui habite le quartier Île-des-Sœurs. M. Lobé vient d'ailleurs de lancer son cinquième album, Sona Anti.
M. Lobé est aussi interprète et chante en français, un peu en anglais, mais surtout en doualais, dialecte de sa ville natale avec lequel il est plus à l'aise d'écrire ses chansons. «J'apporte la douceur des îles dans la musique africaine grâce aux influences antillaise et caraïbienne», explique l'artiste, qui met aussi ses poèmes en chansons.
Jacky Lobé chante de l'afro-antillais et du makossa. Son registre varie de la guitare rock aux balades. «Je me suis surtout fait connaître en interprétant À nos actes manqués, une chanson de Jean-Jacques Goldman qui m'a sorti du cadre de la diaspora pour toucher un public plus large», raconte-t-il. L'insulaire a d'ailleurs obtenu un prix pour la meilleure reprise.
Invité au festival Nuits d'Afrique pour la première fois en 2003, Jacky Lobé tombe en amour avec Montréal. Il s'est établi à L'Île-des-Sœurs il y a un an, après de fréquents séjours. Il s'est aussi produit, entre autres, au Kola Note.
Chansons engagées
Né à Douala, au Cameroun, Jacky Lobé a six ans quand il participe à sa première pièce de théâtre, une expérience qui l'aidera à affronter les foules, mais qui ne guérira pas sa timidité.
«C'est plus facile pour moi de donner un spectacle devant une foule, qu'en toute intimité avec quelques personnes», dévoile l'artiste. Il exprime ses sentiments en chansons, et devant un large public, ce qui lui est difficile de faire en privé.
Ses thèmes rejoignent bon nombre d'amateurs de musique. «Mes chansons racontent des histoires d'amour, la vie de tous les jours et l'implication citoyenne comme avec Somalia et Oh Africa. Dans cette dernière chanson, je demande à mes frères Africains de se prendre en mains au lieu d'attendre l'aide du petit Blanc.»
Seul musicien d'une famille de six enfants, Jacky Lobé a grandi au contact d'un orchestre qui se produisait dans un bar dans lequel ses parents ont beaucoup investi. Il a appris à connaître le fonctionnement des instruments. Il est maintenant accompagné de six à dix musiciens par spectacle, que ce soit à la batterie, guitare, clavier, basse, aux percussions, parfois des cuivres, et des choristes.
De voyou à renommée
Populaire en Afrique, où il est reconnu dans la rue, car il passe à la télévision, ainsi qu'en Europe, Jacky Lobé connaît un parcours atypique. «Être musicien était très mal perçu dans mon pays à l'époque, car personne ne vivait de ce métier, alors qu'on valorisait le sport. J'ai d'ailleurs fait de l'athlétisme et des compétitions régionales scolaires en tennis de table, car musicien voulait dire voyou», raconte l'artiste, qui a pourtant appris la musique grâce aux chorales et concerts scolaires.
Pour choisir son métier, M. Lobé s'est entendu avec sa famille. «J'ai proposé à mes parents de me laisser faire une carrière musicale si je réussissais mon baccalauréat», raconte l'artiste, qui a obtenu son diplôme… et sa liberté.
Après ses études en France, Jacky Lobé a travaillé un peu dans le commerce au Cameroun avant de se lancer dans l'aventure musicale, qui lui a valu plusieurs prix, dont celui de jeune artiste grâce à son premier album, Somalia, en 1994. Il enchaîne ensuite avec Parfums de vie, Just'in et À l'envers… à l'endroit.
Du makossa au jazz?
Malgré la cinquantaine de spectacles qu'il donne chaque année, notamment durant les festivals, l'artiste soutient qu'il lui faudrait 100 représentations pour vivre de son art. Il a même repris du service comme batteur percussionniste l'été dernier, ce qu'il était à l'origine, afin de rester à Montréal tant en continuant d'œuvrer dans l'univers musical.
L'année 2008 est donc importante pour Jacky Lobé, qui préfère chanter. Après avoir donné un spectacle à Frankfort en janvier, il a quitté Montréal en direction de Toronto, puis des contrées africaines, pour promouvoir son nouvel album. Il s'attend d'ailleurs à faire partie de Nuits d'Afrique en juillet et aimerait participer au festival international de Jazz de Montréal. «Je peux m'adapter à d'autres styles, dont le jazz», conclut-il avec espérance.