C'est trop dangereux!
Bien des gens sont contre le projet de réduire la vitesse à 40 km/heure sur plusieurs rues de Montréal. Plusieurs observateurs y voient même une nouvelle tactique pour accroître les revenus de la Ville de Montréal.
Je ne partage pas cet avis. Il me semble invraisemblable que les élus de Montréal (ou d'ailleurs) aient décidé d'adopter une telle mesure dans le but avoué de renflouer les coffres municipaux. Ceci dit, je me demande si le changement que l'on se prépare à appliquer est vraiment la bonne solution pour réduire les risques d'accidents.
Bien sûr, il est facile de démontrer qu'en réduisant la vitesse de 10 km/heure on raccourcit considérablement la distance de freinage. Cela ne signifie pas, pour autant, que la limite de vitesse actuelle soit trop élevée, dans tous les secteurs de la ville.
Au lieu de consacrer autant d'énergie à adopter de nouvelles règles, on pourrait, il me semble, prendre les moyens requis pour faire observer celles qui existent déjà. Par contre, je suis bien d'accord pour que l'on continue à accorder une certaine marge entre la vitesse permise et celle qui est tolérée. Dans les zones limitées à 50 km/heure, on peut habituellement rouler jusqu'à 65 km/heure sans risquer la moindre infraction. Sur les autoroutes Décarie, Bonaventure ou Métropolitaine, on tolère habituellement une vitesse de 90 km/heure alors que la limite est à 70 km/heure. Nombreux sont ceux qui ont l'habitude de rouler juste en dessous de la marge de 120 km/heure, sur les autoroutes où la limite est à 100 km/heure, sans jamais être arrêtés par les forces de l'ordre. Certains estiment que les policiers sont trop laxistes, mais j'estime plutôt qu'ils font preuve de bon jugement.
Même en acceptant ces écarts, je pense que les accidents seraient peu nombreux si l'on s'assurait d'intercepter tous ceux qui les excèdent. Le problème, ce n'est pas le règlement actuel (avec sa marge de tolérance), c'est qu'on ne veut pas utiliser les moyens qui existent pour le faire observer.
Qu'est-ce qu'on attend pour généraliser l'utilisation des vidéos-radars? On peut facilement ajuster ces instruments pour qu'ils accordent une marge raisonnable aux conducteurs et qu'ils interceptent TOUS les conducteurs fautifs. Ce serait bien simple: vous roulez à 75 km/heure, sur le boulevard Île-des-Soeurs: vous êtes assuré de recevoir une contravention par la poste. Vous pourrez peut-être avoir gain de cause, une fois ou deux, avec un bon avocat, mais à la troisième ou quatrième infraction, je pense que vous commencerez à trouver ça moins drôle. Je suis persuadé qu'au bout de quelques mois, les excès de vitesse auraient grandement diminué, pas seulement à L'Île-des-Soeurs, mais sur toutes les voies de circulation du Québec.
La technologie existe et il n'en coûterait pas une fortune pour l'exploiter. Et si elle comporte encore certaines lacunes, il y a sûrement des techniciens, au Québec, qui pourraient facilement la perfectionner.
On s'apprête à l'expérimenter, en quelques endroits, dans « la belle province ». Mais on a bien peur! Tout-à-coup que cela coûterait moins cher que d'engager des milliers de policiers... Et puis, il y a ces groupes tout-puissants qui soutiendront que ces méchants appareils portent atteinte à la « vie privée » de ceux qui menacent allègrement celle des autres!
Non, non; c'est trop dangereux! Il vaut mieux adopter de nouveaux règlements qui ne seront pas plus respectés que les précédents.