Vingt-six ans après le décès de Gilles, Joanna Villeneuve a écrit un livre sur lui. (Photo: Martin Chamberland)
Joanna Villeneuve en toute simplicité
Ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un membre de la famille de Gilles Villeneuve. Pourtant, il se trouve que celle qui fut son épouse réside à L'Île-des-Soeurs. Devenue femme d'affaires, Joanna Villeneuve a récemment publié un livre sur son mari, légendaire coureur automobile. Portrait d'une rencontre en toute simplicité.
Frappée par l'affection que portent encore les gens 25 ans après la mort en piste de son mari, Joanna Villeneuve a décidé d'écrire un livre sur lui. «C'est ma vision personnelle des choses où je dévoile de l'intérieur ce que nous avons vécu. Les gens vont voir Gilles à travers moi. Nos enfants vont aussi apprendre à le connaître davantage», confie-t-elle, confortablement assise sur un divan d'une aire de détente au Château St-Ambroise où elle travaille comme agent immobilier affilié à Century 21 Service Plus.
Accompagné de son petit chien Pepper – qu'elle appelle aussi Velcro ou Pot-de-colle – blotti sur elle, Joanna Villeneuve parle du livre, mais aussi de ses enfants, de son travail, de sa vie en Europe et avec Gilles, ainsi que la façon dont elle a surmonté la tragédie et élevé ses enfants seule. «La rédaction du livre m'a replongé dans les souvenirs, mais au lieu de ressentir de la douleur, c'est l'intensité des moments vécus qui faisait surface.»
Une force intérieure
Durant l'entrevue, on sent la force tranquille qui émane de Mme Villeneuve. Elle se livre, sereine, tout en saluant des gens qui lui dit bonjour en passant. Née à Joliette, Joanna a connu Gilles, qui habitait dans un village voisin à Berthierville, par l'entremise de sa soeur qui sortait avec un ami de celui-ci. «On est finalement resté ensemble, contrairement à la relation de ma soeur et son chum», se rappelle-t-elle.
Le livre, intitulé Gilles Villeneuve, débute par l'accident fatal qui est survenu lors d'une des rares absences de Joanna à une course de Gilles. «C'est le fil déclencheur. Je voyais le livre commencé là pour revenir ensuite sur le passé. Je venais de perdre l'homme de ma vie, mais en même temps mes enfants avaient besoin de quelqu'un pour les soutenir. On a continué et grandi ensemble.»
Un accident bête et stupide
Affirmant avoir fait son deuil et que l'être humain s'adapte à tout, Joanna Villeneuve décrit l'accident de «bête et stupide» dont la course automobile ne peut pas se prémunir, car le danger est un risque inhérent à ce sport.
«Même avec toutes les mesures de sécurité d'aujourd'hui, le risque zéro n'existe pas», soutient celle qui n'a pas peur d'accompagner son fils Jacques, qui a suivi les traces de son père, quand il roule à 200 km/h, même si elle n'a pas assisté à ses courses depuis son retrait de la Formule Un.
«Je ne juge pas sa carrière. Il a fait ses choix dès la Formule Atlantique», précise la maman aujourd'hui devenue grand-mère. Elle constate qu'elle ne remplit pas souvent son nouveau rôle, puisque fiston est sur la route, ce qui lui remémore le temps où elle et Gilles se déplaçaient en famille sur les circuits en motorisé, qu'elle décrit comme «un trip d'ado, une vie qui me plaisait».
Aujourd'hui, Joanna Villeneuve est toujours passionnée d'automobile - elle a disserté longuement sur le sujet – et elle conduit une Audi pour une question de confort et de sécurité, mais préfère toujours les autoroutes européennes.
Un livre pour tous
Dans le livre, auquel elle a consacré un an, elle raconte sa relation privilégiée avec Gilles. Elle y dévoile une sélection de photos personnelles et même un dessin qu'elle a fait de son mari, un geste qu'elle qualifie de «personnel et très intime». Déjà, elle se réjouit des commentaires qu'elle entend du livre. «Chaque personne semble avoir été touché par quelque chose de différent, de s'être identifié à un certain moment évoqué dans le livre, alors j'estime l'avoir réussi», affirme l'auteure, dont seulement sa fille Mélanie, qui travaille comme conseillère financière au Québec, a lu le manuscrit. Son autre fille, Jessica, âgée de 16 ans, est née en Europe où Joanna a vécu presque 30 ans. Elle étudie au Collège Bishop et habite à Sherbrooke.
Un travail d'accompagnement
Revenue s'installer au Québec il y a quatre ans, Joanna Villeneuve a découvert sa voie comme agent immobilier. «À mon arrivée, j'ai eu la chance d'avoir un agent patient et à mon écoute pour trouver ce que je cherchais. Puisque j'aime les gens et les maisons, j'ai décidé d'offrir le même genre de service d'accompagnement lors d'achat ou de vente de propriété.»
Estimant que les raisons d'un déménagement sont multiples et que les besoins varient d'une personne à l'autre, elle considère que la sollicitude d'un agent, autant sa présence que ses conseils, est essentielle à la relation avec le client. «Je comprends que c'est difficile de laisser une maison qui contient des souvenirs.»
Selon elle, un agent immobilier apporte un regard extérieur qui peut faciliter la transition, de même que cerner ce qui convient entre ce que le client dit vouloir et ce qu'il a réellement besoin.
Mme Villeneuve fait aussi de l'analyse de vibration en usine. «J'aime la technologie et après avoir reçu les relevés d'un technicien, j'analyse les données». Bien que son double mandat l'a tenue très occupée dans la dernière année, elle aime ce qu'elle fait et y trouve des défis professionnels intéressants. «Ça me donne le goût de continuer», conclut celle qui a choisi de s'établir à L'Île-des-Soeurs pour sa proximité du centre-ville, sa vie de quartier, sa communauté, les occasions de se promener à pied ou à vélo et tout avoir sans sortir de l'île.