En attendant la troisième vitesse
Le journal La Presse annonçait mardi que L'Express de L'Île-des-Soeurs permettra à certains employés de Bell Canada de bénéficier d'un service de transport en commun « haut de gamme » pour leur navette entre la Rive-Sud et leur lieu de travail. Des véhicules climatisés et confortables feront le lien entre les stationnements de l'Agence métropolitaine de Transport (AMT), sur la Rive-Sud et la pointe nord de L'Île-des-Soeurs.
Il semble que les démarches pour la conclusion de cette entente ont été faites avec beaucoup de discrétion. Sans doute voulait-on éviter d'attirer l'attention des « pancartistes » qui s'empressent habituellement de dénoncer tous les projets qui impliquent une importante participation du secteur privé...
L'exploitant de l'Express de L'Île-des-Soeurs est le consortium Transdev-Limocar qui offrira un service à des intervalles de 20 à 30 minutes, durant les heures de pointe du matin et du soir. C'est la société Bell qui assumera une large partie des frais d'exploitation, mais les usagers auront aussi des frais à acquitter. Pour leur part, l'AMT et la ville de Longueuil devront débourser collectivement 10% de la facture totale.
Même si les démarches qui ont abouti à ce contrat ont été faites discrètement, il reste que l'AMT n'a jamais caché son intérêt pour la mise en place de services de transport en commun confortables et rapides. Cet organisme a toujours soutenu qu'il était essentiel de concurrencer le mode déplacement en automobile, si l'on visait inciter les gens à utiliser le transport collectif. Par les méthodes traditionnelles, les sociétés de transport ne semblent pas en mesure de réaliser ces objectifs, du moins dans des délais assez courts, alors que le secteur privé est en mesure de réaliser de tels défis.
Je me réjouis, bien sûr, de constater que l'on s'apprête à offrir un service de transport rapide aux employés de Bell qui feront la navette entre L'île-des-Soeurs et la Rive-Sud. Ce qui m'encourage encore plus, c'est d'apprendre que l'AMT ouvre la porte à d'autres circuits semblables, dans la région métropolitaine. En même temps qu'elle annonçait le circuit Rive-Sud/L'Île-des-Soeurs, elle confirmait celui de l'Express Vaudreuil, entre la gare de Vaudreuil-Dorion et le terminus Côte-Vertu. Est-ce le début d'une nouvelle ère où le secteur privé aurait de plus en plus de place dans le transport collectif urbain?
Il n'a pas été possible de rejoindre l'AMT pour obtenir plus de détails sur ce dossier, mais le maire Claude Trudel, qui est aussi président de la Société de transport de Montréal (STM) a pris le temps, malgré un horaire très chargé, d'exprimer quelques commentaires. Il soutient qu'il n'est pas opposé à la participation du secteur privé; d'ailleurs la STM y a recours, affirme-t-il, dans plusieurs secteurs. Il est un peu surpris, cependant, de constater que le financement public contribuera à offrir des autobus plus récents et pourvus d'équipements comme le WI-FI et la climatisation. « Nous aimerions bien, à la STM, obtenir le soutien financier pour être en mesure, nous aussi, d'offrir de tels avantages à nos usagers », a-t-il ajouté.
Pour ma part, j'estime que cette annonce de l'AMT démontre qu'on peut arriver à instaurer des services plus rapidement, en y affectant les sommes nécessaires et en faisant appel au secteur privé. Si c'est là le début d'un régime à « deux vitesses » pour le transport en commun, ce ne serait pas une catastrophe! Des usagers sont prêts à payer un peu plus, pour un service qui répond mieux à leurs besoins. Et pourquoi pas?