Marc Touchette, commissaire à la CSMB et conseiller d'arrondissement.
Marc Touchette répond aux détracteurs des commissions scolaires
Sur plusieurs tribunes, on fait le procès de commissions scolaires et l'opposition officielle, à l'Assemblée Nationale, demande même leur abolition. Marc Touchette, commissaire à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), ne partage pas du tout à cet avis; il estime que ces organismes sont non seulement utiles, mais essentiels à la bonne gestion de l'éducation publique.
M. Touchette, qui est aussi conseiller municipal à l'arrondissement de Verdun, répond aux principales critiques soulevées par différents médias et par certains politiciens.
C'est ainsi qu'il soutient qu'il est utopique de vouloir remplacer les commissions scolaires par une gestion locale, comme on le fait dans le secteur éducatif privé. Il considère qu'on confierait ainsi à des établissements scolaires des responsabilités immenses qui sont presque impossibles à gérer sur le plan local. Il cite, entre autres, des secteurs comme les ressources humaines (embauche, formation, rémunération, évaluation, enquêtes sur les antécédents judiciaires, etc.), la gestion des bâtiments (construction, agrandissements, rénovation, mises à jour, réparations, entretien, etc.), le transport scolaire, les négociations avec les syndicats, l’interprétation des multiples directives ministérielles et leur application...
Le commissaire Touchette donne des centaines d'exemples pour illustrer son point de vue sur cette question. Il est convaincu qu'on y perdrait surtout en efficacité, les établissements n’ayant pas les ressources (temps, formation, argent) pour assumer toutes ces responsabilités. Il affirme que les services seraient réduits ou de moindre qualité.
Quand on lui dit que ces secteurs pourraient être gérés aussi efficacement par le réseau municipal, il rappelle qu'on ne réaliserait ainsi aucune économie. Il est démontré, en effet, que les commissions scolaires ont les plus faibles coûts de gestion des quatre paliers de gouvernement. Il précise aussi que les municipalités rejettent majoritairement la récupération des responsabilités du scolaire.
Il trouve également que la comparaison avec le secteur privé est inappropriée car le celui-ci n’est pas requis d’offrir le transport, qu’il n’a pas à gérer les élèves ayant des problèmes d’apprentissage et qu’il bénéficie grandement des méthodes et procédures existant en raison de l’existence du réseau des commissions scolaires.
Et les surplus accumulés?
Il est important, explique Marc Touchette de savoir que les quelque 310 M$ qui sont dans les «surplus des commissions scolaires» ne sont pas de l’argent libre qui flotte dans le système. Il précise que 80% ou plus de ces surplus n’appartiennent pas aux commissions scolaires, mais plutôt aux établissements. Ces sommes sont souvent des montants dédiés ou déjà engagés pour des projets qui ont cours dans les établissements. Il cite en exemple un projet qui s’étend sur trois années scolaires et qui aurait un budget de 60 000$. À la fin de l’an un il peut rester 40 000$, mais cet argent est réservé pour les deux années qui restent.
« Quand le chef de l’ADQ mentionne les surplus pour appuyer sa thèse de la non utilité des commissions scolaires, soit qu’il est mal renseigné, soit qu’il est bien renseigné mais malhonnête», affirme M. Touchette. Il estime qu'il s'agit là de grosses déclarations fracassantes susceptibles de faire les manchettes en sachant fort bien qu'elles ne tiennent pas la route.
Les «abus» dans le système des commissions scolaires
Les commissions scolaires gèrent un budget global, à l’échelle du Québec, de plus de 9 milliards $, avec des responsabilités et des champs d’interventions importants. Les systèmes de contrôle (normes comptables, vérification interne et externe…) sont nombreux et efficaces.
Marc Touchette est d'avis que la majorité des commissaires (probablement
plus de 95% d’entre eux) sont là de façon altruiste, dévouée, avec l’intention de servir avec civisme la société. Ils veulent participer à un effort visant à améliorer ou faire avancer la cause de l’éducation au Québec, etc.
Selon lui, les abus qui ont fait les manchettes se comptent sur moins que les doigts des deux mains et certains d'entre eux ont été des ballons rapidement dégonflés.
C'est ainsi que le dossier de Jean-Marc Crête, à la CSMB, s’est avéré finalement un cas de vendetta politique s’appuyant sur rien. M. Touchette précise qu'on a consacré au moins 50 000$ de frais pour arriver à établir qu’un montant d’environ 67$ en appels interurbains (sur 9 ans) serait peut-être discutable.
Les salaires des élus scolaires
Lorsqu'on y regarde de plus près, on constate qu'à la CSMB – la 2e plus grosse commission scolaire au Québec – un commissaire scolaire reçoit 5000$ par année en guise de rémunération. Ce montant est celui que recevaient environ 15 commissaires sur 27 lors du dernier mandat (2003 à 2007). À ce montant s’ajoutaient 2500$ pour six commissaires qui présidaient les six comités de travail permanents du Conseil des commissaires.
Les seuls commissaires qui reçoivent un montant plus élevé sont ceux qui occupent le poste de la présidence du conseil ou de la présidence du comité exécutif. Dans le cas de la présidence du conseil, on parle approximativement de 30 000 à 40 000$, pour un poste qui occupe environ 50% du temps de la personne.
Le commissaire Touchette ajoute que le problème de la rémunération des élus, en général (mais de façon peut-être plus criante dans le scolaire), refait surface périodiquement et souvent avec raison. Les candidats aux élections scolaires auront la responsabilité d’environ 20 000 personnes et ce sont des gens qui sont exposés à la critique, à la contestation, à de longues heures de travail, incluant soirées et week-ends. «Ceux et celles qui acceptent de se présenter aux postes de commissaires y vont certainement par conviction, et non pas par appât du gain», ajoute M. Touchette.
Un dossier à suivre
Bien des gens ignorent qu'en 1996, le Nouveau-Brunswick a aboli sa structure qui correspondait aux commissions scolaires du Québec. En 2001, le gouvernement a été obligé de remettre en place le système suite aux problèmes importants et aux ratés observés durant les cinq années pendant lesquelles la structure n’a pas existé. Cela devrait inquiéter ceux qui veulent l'abolition des commissions scolaires du Québec.
Ce dossier a souvent été abordé avec sensationnalisme par des médias qui négligeaient souvent de dresser un portrait complet de la situation qu'ils décrivaient. M. Touchette, qui se préparait, au moment de cette entrevue, à annoncer la nouvelle de l'agrandissement de l'école primaire Île-des-Sœurs, avait de nombreux autres arguments à présenter aux lecteurs pour soutenir son point de vue sur cette question.
Dans le cadre de cet article, on a à peine effleuré ce sujet dont les facettes sont multiples et complexes. C'est un thème sur lequel on aura sans doute l'occasion de revenir.